Déconfinement : le marché de l'art fait sa révolution sur Internet

Judith Benhamou-Huet - Le Point

18 juin 2020

Après l'annulation des foires et des ventes aux enchères, le marché international fait feu de tout bois et recommence à proposer des œuvres exceptionnelles.

D'après l'article original : https://www.lepoint.fr/arts/deconfinement-le-marche-de-l-art-fait-sa-revolution-sur-internet-18-06-2020-2380711_36.php

Il n'a pas fallu longtemps aux activistes du marché de l'art pour réagir face à la léthargie imposée au monde entier. Ce domaine particulièrement mondialisé, épris de fastes et de grandeur, et qui vit sur un grand train s'est vu d'abord imposer, tout comme le reste de la population mondiale, un régime sec.

Plus de foires si ce n'est virtuel, plus de réception, plus d'exposition de tableaux, plus de voyages à travers la planète pour promouvoir des œuvres. Quant aux galeries grandes comme des musées, de New York à Zurich, en passant par Hongkong, elles ne servaient plus à rien. Mais pendant ce temps, les dépenses colossales couraient. La réaction la plus rapide fut orchestrée par Sotheby's.

Un « eBay du luxe »
La maison de ventes rachetée en juin 2019 par l'homme d'affaires Patrick Drahi a mis en place une stratégie multidirectionnelle sur le Net. On parle d'une transformation, sous son influence, de la prestigieuse firme de culture anglo-saxonne en un « eBay du luxe ». Christie's (acheté par Artémis, également propriétaire du Point), un temps observateur, a suivi la même tendance.

Ainsi, par mesure d'économies, la grande majorité des catalogues papier, ordinairement expédiés à travers toute la planète, sont désormais supprimés. Mais surtout, les deux maisons agrandissent leur domaine de compétences. Elles rivalisent d'imagination pour multiplier les transactions. Nombre de ventes se tiennent désormais exclusivement sur le Net et Sotheby's propose, par exemple, une vente par semaine consacrée aux montres.

La part belle aux « ventes privées »
Mais les deux concurrentes offrent aussi pour les personnes en mal d'argent rapide et de discrétion des transactions feutrées appelées les « ventes privées ». La nouveauté tient au fait qu'on trouve maintenant sur leurs sites un large éventail d'œuvres à céder de cette manière alors que, jusque-là, le secret total était conservé. « Cela fait désormais clairement partie de nos priorités », explique Amy Cappellazzo, patronne de la section Fine Art chez Sotheby's.

Dans le même esprit, depuis toujours, Sotheby's et Christie's sont officiellement considérées comme des concurrentes ouvertes des galeries. Mais dans cette période de crise mondiale aiguë, Sotheby's a mis en place sur son site « Sotheby's Gallery Network » qui accueille des œuvres proposées par des galeries influentes et touche un pourcentage sur chaque transaction. À la rentrée, Christie's s'associe à la Biennale Paris (ex-Biennale des antiquaires devenue annuelle) pour organiser du 10 au 21 septembre 2020 une vente aux enchères en collaboration avec les antiquaires participants. « Nous sommes tous dans le même écosystème. Nous devons nous serrer les coudes. On va inciter les amateurs à se rendre dans les galeries pour voir les œuvres à vendre », explique Cécile Verdier, la présidente de Christie's France.

Avec la crise du coronavirus, la vente en ligne est devenue une obligation pour que le marché de l'art survive. Ainsi, la plus grande foire d'art contemporain au monde Art Basel qui devait se tenir en juin, puis en septembre, a été annulée au profit d'une version sur Internet qui se tient du 19 au 26 juin 2020.
8 millions de dollars pour un Koons

Alors que les plus influents collectionneurs du monde, les Américains, sont toujours confinés dans leurs villas des Hamptons ou de Beverly Hills, le défi consiste pour les galeristes à leur vendre des œuvres en millions de dollars comme la foire les propose cette année sur son site. Une transaction a déjà été réalisée dans ce cadre. Une sculpture de Jeff Koons a été officiellement vendue pour 8 millions de dollars dans les premières heures VIP de l'opération.

Quant aux grandes ventes d'art moderne et contemporain de Londres et New York, celles qui donnent le la du marché pour les six mois à venir, elles ont été repoussées en ordre dispersé aux mois de juin et juillet.